MJF sur le chemin de la célébrité

par Margaret Papillon

Michèle Jessica Fièvre fait partie de la jeune génération d’écrivains qui a su tirer avantage du chemin tracé par les aînées et qui se sert de sa plume avec une dextérité extraordinaire pour en faire une arme redoutable.

L’auteur était très jeune quand elle s’est lancée dans cette grande aventure qu’est l’écriture. Ce qui m’avait, au prime abord, beaucoup frappée chez elle c’était sa passion pour l’écrit et surtout sa détermination et son audace. En effet, tout de suite elle avait affirmé bien haut qu’elle voulait devenir un écrivain célèbre.

Pouvoir faire cette déclaration quand on est à peine sorti de l’adolescence tient d’une véritable prouesse et démontre d’un caractère de battante. MJF est, de toute évidence, un créateur qui n’a pas peur des mots; elle semble même les avoir apprivoisés pour pouvoir les façonner à sa manière.

Sortilège haïtien, sa dernière œuvre, est une longue quête qui ne dit pas son nom où l’auteur nous décrit un monde sans fard, d’une violence inouïe qui vous saute pratiquement à la gorge tout en dessinant les contours d’un mal-être existentiel profond. Les héros qu’elle y décrit sont tout sauf des saints. Ils évoluent dans un univers mirifique où le sang gicle de partout. Empêtrés dans une spirale infernale, une perpétuelle descente aux enfers sans rémission aucune; les protagonistes principaux nous permettent de découvrir la profondeur de l’abysse dans lequel le pays d’Haïti est plongé: somme toute une nation dévastée, au point de vue politique et religieux il est vrai, mais surtout au point de vue moral. Un roman « sanglots » si on me permet l’expression, mais aussi un roman coup de poing qui tend un miroir au lecteur en l’invitant à se regarder de très près pour s’y découvrir affreux, hideux, bon pour l’asile psychiatrique. Une image qui, à coup sûr, fera mal.

Un observateur non avisé serait tenté d’affirmer que MJF est un écrivain boucher qui découpe ses personnages à la hache, mais ceux qui ont un flair aiguisé diront qu’elle est un chirurgien habile, véritable virtuose du scalpel, qui nous ouvre les entrailles pour y extraire le mal profond, qui tel un cancer, s’était métastasé dans tous nos viscères.

MJF, sans l’ombre d’un doute, fait partie d’une nouvelle génération de femmes écrivains qui n’a pas le souci de faire de l’amour le point central de son œuvre. En effet, la part allouée à la sentimentalité excessive est quasi inexistante. Tout en dévoilant sa passion pour l’Art et son désir, peut-être inconscient, de devenir peintre, MJF nous entraîne dans SON monde qui nous dévoile une profonde amertume mais qui est d’une rare lucidité. Il n’y a certainement pas de place pour le rêve; les cauchemars ayant déjà occupé tout l’espace.

Dans une surenchère de débauche, nous est aussi décrite la chute d’un apprenti dictateur, un mégalomane sans scrupule qui n’a qu’une seule obsession: dominer ceux qui l’entourent tout en réduisant la personnalité de ceux-ci à néant. Et, comme pour le punir, de ses vilains défauts, l’auteur refuse d’en faire un personnage principal; le reléguant constamment, tout au cours du récit, à l’arrière plan. Il fait comme partie du décor, un ornement plutôt grotesque.

Sortilège haïtien, un thriller politico-érotique qui ne fait la part belle à quiconque. La mort rôde dans tous les couloirs et malheur à ceux qui voudront s’y promener.

MJF, une écriture fluide et limpide qui interpelle le lecteur et l’emporte sur les ailes d’une vague haute, tel un tsunami, pour le projeter avec fracas sur une plage d’acrimonie qui le retrouvera totalement ivre d’avoir trop tiré le mauvais vin de l’oubli.

À coup sûr, MJF deviendra célèbre!

Margaret Papillon, écrivain
Miami, Floride, mars 2011

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